[/iLeurs sons sonnent comme celui de la fin des années 90, avec beaucoup de soul et une pincée de funk et des refrains chantés en ragga. Leurs rythmes se font parfois agressifs, entêtants, et personne ne s'en plaindra. Mais pour percutants que soient les coups de caisses claires ce sont leurs mots qui claquent avec le plus de violence.
« Ils ne sont pas durs, les textes. C'est juste le constat d'une vie qu'on a eu », glisse Reta, l'un des MC de « Pression I Légal », groupe de hip-hop qui rap avec un pied à Lille et l'autre à Roubaix. Entre lutte d'egos, dealeurs de coins de rues et passages des copains par la case prison, le tableau que dresse le groupe de la métropole lilloise est plus que sombre. Et en posant sur la pochette de leur album « Cravate colombienne » avec lunettes noires et blousons de cuir, le groupe enfonce encore le clou et donne clairement dans l'imagerie gangster.
« C'est une pochette, faut aussi savoir aller plus loin que l'affichage », tempère Malik, qui roule sa bosse dans le milieu hip-hop nordiste depuis pas mal d'années déjà. Reste que l'album est au diapason : ici, on baigne dans un réalisme brut, voire brutal, sans concession. Dans « Ici c'est Bairoux », le groupe raconte un Roubaix digne du Bronx, au risque de tomber parfois dans la caricature. Mais qu'importe, c'est le jeu. Même chose pour « Génération rien à perdre » sur un texte désabusé à l'excès qui dresse le portrait d'une jeunesse précaire, paumée et en quête de nouveaux repères. Mais si le verbe est souvent haut, voir frimeur, certains textes révèlent aussi des failles dans la carapace que se sont constitués les membres du groupe. C'est le cas de « retour de flammes » où il est question de rédemption, de murs de prison et de lamentations tardives de ceux qui ont choisi la voie de l'illégalité. Mais pas question pour le groupe de se poser en donneurs de leçon. « Nous ne sommes les grands frères de personnes, nous ne sommes pas des travailleurs sociaux », insiste Malik, qui insiste également sur le fait que, si les textes sont durs, « on assume tout ce que l'on écrit ». A chacun de se faire son idée.